A propos de la sécheresse de 2018

Dans le nord et le centre du pays, nous risquons de plus en plus d'évoluer vers une situation de sécheresse qui s'auto-entretient, ce que nous avons connu durant l'été 1976 et, dans une moindre mesure, durant le printemps 2011.

Qu'est-ce que cela signifie ?

Au-delà de la situation structurelle qui engendre la sécheresse, il faut tenir compte des éléments suivants :

1) Les orages de masse d'air, qui d'ordinaire se développent dans les marais barométriques, ont de plus en plus de mal à se former en raison d'un manque d'apport en humidité (sol très sec).

2) Les orages formés ailleurs, dans le cadre de lignes de convergences et autres discontinuités, ont tendance à s'effondrer en arrivant dans la zone sèche (cette année-ci, cela pourrait être le cas d'activités orageuses qui ne parviendraient pas à remonter vers le nord au-delà de l'Ardenne et de l'Entre-Sambre-et-Meuse - ces régions ayant un historique plus humide que le nord et le centre du pays).

3) Une faible circulation d'ouest, qui d'habitude donnerait quelques précipitations, n'en donnerait plus (évaporation des précipitations dans l'air trop sec).

4) Les fronts froids entre les cellules anticycloniques ne donneraient plus que quelques bancs de stratocumulus, voire pas de nuages du tout, juste une petite baisse de la température.

Il s'agit là d'un cercle vicieux qui s'amplifie de plus en plus. Seule une franche circulation d'ouest ou une zone orageuse massive pourrait en venir à bout.

Quelques chiffres :

Entre le 1er juin 2018 et le 20 juillet 2018, il n'est tombé que :

0,6 L/M² à Middelkerke
0,8 L/M² à Passendaele
3,9 L/M² à Beitem

Surtout présente à l'ouest de notre pays, la sécheresse est en train de s'étendre de plus en plus. En effet, en l'absence de perturbations majeures, cette sécheresse commence à s'auto-entretenir dans de nombreuses régions.

Cela se ressent aux taux d'humidité de l'air extrêmement bas certains jours, tombant parfois à 20%.

Les zones orageuses organisées se sont complètement déglinguées en arrivant dans la zone sèche, avec juste quelques cellules qui ont plus ou moins réussi à survivre.

C'est ainsi qu'Uccle a reçu 15,9 L/M² le 4 juillet et Deurne, 17,0 L/M² le 16 juillet. Mais la plupart des localités du nord et du centre du pays ont peu ou pas reçu de précipitations, juste quelques coups de vent et un brin de fraîcheur temporaire avec des cumulonimbus en fin de vie.

Si les plaines flamandes et en partie le centre du pays sont au sec depuis le début juin (avec des totaux de précipitations minimes en juin), d'autres régions comme la Campine ont pratiquement reçu toutes leurs précipitations de juin le premier jour du mois.

Ce qui fait que le cercle vicieux de la sécheresse qui s'auto-entretient y a commencé plus tard, mais est désormais bien présent là aussi, comme le montre la pluviosité minime des 30 derniers jours.

En Ardenne et dans le sud du pays, la situation est différente. Là, le mois de juin a été bien plus généreux, voire excédentaire en précipitations.

Sivry a totalisé 100,1 L/M² de précipitations en juin (environ 130% du total normal), Mont-Rigi a totalisé 80,2 L/M² (environ 70% du total normal) et Dourbes a totalisé 72,0 L/M² (environ 100% du total normal).

On retiendra notamment les fortes pluies (mais souvent locales) du 1er juin, du 6 juin, du 7 juin et du 11 juin. On épinglera entre autres les 52,7 L/M² du 7 juin à Sivry dans le cadre d'averses orageuses très irrégulières.

Il en résulte des terres plus humides, ce qui a permis la persistance, dans cette région, d'orages de masse d'air tandis que les orages organisés y ont nettement mieux survécu. Cependant, petit à petit, une forte tendance sèche s'installe là aussi. Dourbes, par exemple, a reçu 28,5 L/M² de pluies orageuses le 13 juillet mais n'a totalisé que 29,1 L/M² sur les 30 derniers jours, ce qui fait que la quasi-totalité des précipitations proviennent de cet orage. Florennes n'a pratiquement pas profité de cet orage (0,7 L/M²) et n'a de ce fait que 1,2 L/M² sur 30 jours. Hastière a reçu 7,8 L/M² le 13 juillet, et 8,0 L/M² sur 30 jours.

Cela signifie, en résumé, que le nord du pays est sec presque partout, tandis que le sud du pays est très irrégulier en termes de précipitations, avec des poches sèches et des poches (encore) humides grâce aux orages. Mais si la situation atmosphérique structurelle persiste, la sécheresse ne tardera pas à s'étendre à tout le pays, avec le risque de connaître un 1976-bis.


La sécheresse va-t-elle continuer et s'intensifier encore d'avantage ?

Les prévisions d'ici la fin de ce mois de juillet ne sont pas très optimistes avec une accentuation de la chaleur les prochains jours. Des précipitations orageuses pourraient cependant nous concerner... Si et seulement si, comme nous l'avons vu plus haut, l'air sec présent sur notre pays n'inhibera pas ceux-ci, ce qui est loin d'être gagné...


(Source: Météo Belgique)